dimanche 13 août 2006

De la 1701 à l'honneur des peuples

J'essaye de comprendre, depuis quelques jours, la subtile différence entre une "cessation des hostilités" et un "cessez-le-feu". J'ai juste réussi à savoir que la seconde est juridiquement plus contraignante que la première.
La 1701 était à peine votée, sous le chapitre VI, que je recevais déjà des emails reprenant la liste des 71 résolutions onusiennes qu'Israël n'a pas respectées. Plus tard, SHN semblait accepter la 1701 "avec quelques réserves". Le gouvernement libanais semblait également l'avoir acceptée ce soir, bien qu'il doive encore en discuter demain. Demain, le gouvernement israélien sera le dernier à faire connaître sa décision. En tous cas, l'offensive terrestre, loin de se calmer, n'en finit pas de s'intensifier, donnant raison au Hezb pour dire que "la guerre n'est pas finie". Livni affirme qu'elle s'achèvera lundi. Ghazi Aridi (Ministre libanais de l'information) a déploré que le gouvernement israélien ne se réunisse pas en ce jour de shabat, alors que Tsahal ne chôme pas sur le sol libanais. Sur la LBC, la Future et Al Jazeera, les images sont toujours aussi dures. Au JT de France 2, le bombardement du convoi de civils d'hier, tuant entre autres un homme de la Croix-Rouge (et cet "entre autres" est à chaque fois aussi terrible), est expliqué par le fait que la route soit empruntée par le Hezb. Ce type de justifications a posteriori me révolte encore, en dépit de leur occurrence pluri-quotidienne depuis un mois.
Hier soir, un avion a volé au-dessus de Paris. J'étais en ligne avec un ami : j'ai interrompu notre conversation pour attester de ce que j'entendais ; j'ai été soulagée de me faire confirmer l'existence de ce bourdonnement familier qui, ici, semble totalement déplacé.
A tous ceux qui, pour "l'honneur" qu'il redonne aux "arabes", soutiennent le Sayyed comme ils soutenaient peut-être la France de Zidane pendant le Mondial, j'aimerais rappeler qu'il ne s'agit pas, dans ce cas, d'un jeu. Certes les images sont, une fois de plus, télévisées, mais ce sont maintenant de véritables vies humaines qu'on interrompt avant l'heure. Face à la mort prématurée d'un proche, que tous ceux qui ont connu ce sentiment de douleur, d'impuissance et d'incompréhension, l'imaginent donc multiplié des milliers de fois, tous les jours, depuis un mois : voilà ce que la défense de "l'honneur arabe" signifie, en ce moment, au Liban. Pour le mot honneur, voici la définition du Robert :
"Fait de mériter la considération, l'estime (des autres et de soi-même) sur le plan moral et selon les valeurs de la société".
Pour moi, la fierté d'appartenir à une nation passe par la basilique Saint-Marc à Venise, par la place Naghsh-e Jahan à Ispahan, par une industrie solide et par des arts florissants. Certes Zidane a du talent, mais c'est la France qui l'a porté si loin, en lui permettant de développer ses capacités de sportif de haut niveau. Appartenir à un pays où les hommes, tous les jours, repoussent un peu plus loin les limites du possible, voilà la véritable fierté : moins sanglante, moins spectaculaire, et beaucoup, beaucoup plus ardue.
A la veille d'un potentiel retour au calme, la vie parisienne ne m'aide pas à réaliser toute l'ampleur des événements de ce dernier mois : il pleut, il fait 20°C, je n'ai pas goûté une seule fois aux plaisirs de la mer cet été, mais je n'arrive toujours pas à croire à tout ça. Sur l'écran de mon ordinateur, Firefox reconnaît encore les mêmes adresses web qu'il y a deux jours, mais je n'ai plus besoin de me déconnecter pour téléphoner. Je ne comprends pas pourquoi mon esprit est aussi lent à appréhender la réalité. Je réalise pourtant que, ces derniers temps, il y a beaucoup de choses que "je ne comprends pas".
Hier (mais c'était déjà avant-hier) je regardais Beyrouth s'éloigner, debout sur le pont du Mistral. Beyrouth ne fumait pas. Beyrouth avait tout l'air de se reconstruire encore, après la guerre (d'avant). Ses tours inachevées m'ont rappelé qu'elle démolit volontairement sa propre histoire, peut-être pour mieux l'occulter. Et pour mieux ressembler à Dubaï, elle construit des gratte-ciels qui rivalisent de hauteur, oubliant que Dubaï ne rêve sans doute que d'une seule chose : ressembler à Beyrouth.
Les bateaux laissent habituellement un sillon d'écume derrière eux. Le Mistral, en s'éloignant de la côte libanaise, pavait de blanc une immense autoroute qui me reliait à mon pays.
Debout sur le pont supérieur, moi, je ne rêvais que d'un chose : sauter par-dessus bord et courir jusque chez moi.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Ma Nadche

moi aussi, arrivée à Prague, je me suis dit: "mais non, j'achèterai des cigarettes à Beyrouth, pas ici". J'oubliais que j'allais à Paris, il a fallu me rendre plusieurs fois à l'évidence. Et ici, je me demande si un magasin serait ouvert, si me rendre à Haussman est "sûr".

Rentrer à Beyrouth...
Je me suis souvenue de ton projet il y a un an ou plus de rentrer à Beyrouth en voiture, passant par l'Europe de l'Est...
J'y ai pensé ce matin - ma mère est dans un puillman qui la mène à Damas et je m'occupe à trembler pour elle - j'ai pensé que c'est le moment de le faire. Turquie, Bulgarie, je ne connais même pas la route, comme une procession, un retour grave et délicieux, déboucher sur nos frontières par la grande porte, celle de nos ancêtres.

Bienvenue encore, à toi et ta mère. Bonne journée.
(Caro)

sangli a dit…

Aujourd'hui dimanche, net revirement sur YnetNews : la presse israélienne ne cache plus les pertes de Tsahal.

Donc l'opinion publique israélienne évolue. Celà pousse Tsahal à faire le forcing en jetant tout ce qui a de disponible dans la bataille avant d'être stoppé par les politiques.

Puisque le but de la guerre est d'éradiquer le Hezb, ceci risque d'arriver si les choses trainent encore :

Au Sud du Litani :

- destruction systématique au bulldozer de tous les villages en étouffant leurs défenseurs (et éventuellement les civils n'ayant pu fuir) sous les décombres. Destruction des routes, des points d'eau, des cultures pour éviter au maximum le retour des habitants.

Dans le reste du pays :

- assassinats par missiles téléguidés de tous ceux suspectés, à tord ou à raison, de soutenir le Hezb. Comme les responsables du Hezb ont pris leurs précautions, ce sont des modérés qui seront touchés.

J'espère que les jours prochains me donneront tord.

San.

Anonyme a dit…

L’état de droit doit prévaloir dans cette région pour les peuples palestiniens et libanais. Un sentiment général d’injustice vis-à-vis des peuples martyrises se propage partout La folle surenchère de l’oppresseur ne peut vaincre ni géographiquement, ni démographiquement, ni économiquement, ni culturellement le vaste monde qui l’entoure Comment la plaie des murs du ghetto de Varsovie ou de Berlin a pu donner l’idée aux sionistes de séparer la Palestine par un mur honteux dans sa matière et son sens

Israël aura fait l’unanimité depuis 70 ans à fabriquer une haine pour 10 générations Toujours la même obstination, mais sans se rendre compte que son rapport de force à chaque décade est en train de se réduire Il reste alors encore 100 ans pour imaginer le jour ou les rapports de forces seront égaux

sangli a dit…

Oups j'oubliais :

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San