Sunday @ Beirut
Le ciel de ce midi est uniformément gris. Contemplant par ma fenêtre le calme de la ville, j'imagine que l'ensemble du pays est un immense cratère surmonté d'un gigantesque champignon grisâtre.
Certains quartiers de la banlieue sud n'existent plus.
Le fuel de la centrale électrique de Jiyé continue de brûler.
Nabih Berry (président de la Chambre et de Amal, ie espoir, deuxième plus grand parti chiite libanais) fait actuellement un discours télévisé. Je l'ai vaguement entendu parler de Canaa 96, des réfugiés civils dans les bâtiments de l'ONU et de la tragédie qui a suivi. Il a accusé les Nations-Unies de n'avoir par la suite demandé que le dédommagement du bâtiment, la bagatelle de 1M$ qu'Israël n'a jamais payée et que plus personne ne lui réclame. Il a par voie conséquence décrété que les Nations Unies n'étaient pas crédibles. Soit.
S'est-il jamais demandé s'il était tout à fait crédible, lui ?
Nous nous sommes réveillés à l'aube pour aller à Baskinta, petit village du Metn perché dans la montagne libanaise. Tout au long de la route, j'ai inspiré à plein poumons les odeurs de mon pays : un mélange de terre, d'herbes et de thym sauvage. Je me suis délectée de ces odeurs, bercée par le ronronnement de la voiture, et j'ai admiré les pins, les gorges verdoyantes et les sommets rocailleux. J'ai refusé de penser un seul instant que je le faisais peut-être pour la dernière fois avant longtemps.
A force de volonté, de réflexion et de débats, j'ai fini par me débarrasser des contradictions qui me faisaient ressentir le mal de n'être "ni d'ici, ni de là-bas". Depuis que la France m'a adoptée en tant que citoyenne à part entière, j'ai pleinement savouré le fait de pouvoir enfin être, au contraire, "et d'ici, et de là-bas". Au lieu d'être une libanaise à Paris, je me faisais une joie d'être bientôt une française à Beyrouth (comme qui dirait)... Le drapeau de la France flottait sur mon balcon beyrouthin pendant la coupe du monde de football.
Du coup, l'évacuation que le consulat dit imminente ressemble à un arrachement : j'ai l'impression de me faire volontairement chasser de chez moi et d'abandonner un navire en difficulté. J'ai aussi la hantise de ces palestiniens qui ont fui pour quelques jours, et qui croupissent aujourd'hui encore dans des camps, montés en dur, au Liban et ailleurs. Pourtant, je sais bien que le choix s'impose : je ne peux pas oublier que si la guerre (l'autre guerre) a préservé mes parents, elle a massacré leurs rêves et leurs envies. Je leur dois, ainsi qu'à moi-même, de suivre ma voie envers et contre tout. Celle que j'ai choisie me mènera à travers le monde, parler à ces hommes que j'espère comprendre un jour.
Je vais me promener dans la ville cet après-midi. Je tenterai de prendre quelques photos que je posterai sur ce blog.
Les raids aériens continuent. Si je les mentionne moins, c'est que nous appréhendons tous une autre réaction démesurée suite au bombardement de Haifa... A suivre...




1 commentaire:
أفواج المقاومة اللبنانية = أمل
Nad, Amal est un acronyme qui veut, certes dire espoir, mais Afwaj al Muqawama al Lubnanyya, c'est dejà bcp moins romantique...
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